Republique des idees
Réinventer la démocratie
Forum, Grenoble du 8 au 10 mai 2009

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La parité, un mot bon à tout faire

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Débats et arguments ont nourri l’action politique en faveur de la parité. Au moment où la loi est mise en pratique, il est possible de prendre un peu de recul. Au temps des souvenirs s’ajoutent les premiers bilans. Le caractère mathématique de la parité s’est accompagnée d’une confusion, positive mais aussi négative, avec le principe égalité. Les transferts de signification et les phantasmes sur les prétendus valeurs de chaque sexe ont ignoré la valeur mathématique de la parité au profit de querelles parfois surprenantes tant elles semblaient surannées. La peur est souvent présente dans les débats entre démocrates, et le neutre est invoqué comme une garantie. Mais le neutre n’a-t-il pas un meilleure rôle à jouer, celui d’une fiction, dynamique historique.

D’abord les souvenirs, les souvenirs heureux, drôles : Matignon, mars-avril 1998, une réunion ou deux dans le bureau du directeur de cabinet du Premier Ministre avec quelques conseillers. Objet : la parité, promesse électorale et objectif politique. Il n’y a aucune hésitation ; restent les modalités. Face au jardin, reviennent les luttes passées, scènes de manifs, réunions féministes, utopies radicales. En haut de l’Etat, le droit des femmes est irréel, au milieu des conseillers, appliqués. Juin 1998, devant les conseillers d’Etat, première discussion sur le projet du gouvernement : les fenêtres sont ouvertes sur le soleil du Palais Royal, ouvertes sur la musique d’un orchestre dans les jardins tandis que des sans-papiers tentent d’investir le Conseil d’Etat.. Ironie de me voir là, je pense à la manif, et vois, cohabitation oblige, ces hommes du Conseil d’Etat assumer cette nouveauté qui les dérange. Je lis leur réticence et regarde les quelques femmes présentes. Prononcer le mot de parité dans les ors de la république est malgré tout un délice. Toujours les souvenirs, moins drôles cette fois : un an plus tard, la campagne des Européennes où je suis engagée à porter la parité comme numéro deux de la liste de Robert Hue. Même cohérence que lorsque j’ai accepté, en novembre 1997, d’être déléguée interministérielle à l’invite de Lionel Jospin. Une intellectuelle féministe peut-elle refuser de telles propositions ? Mais là, plus d’Etat protecteur, ni de loi à venir qui symbolise une politique. Les journaux pointent les « arnaques », les « faux-nez » de la parité ; le féminisme en acte n’a jamais fait recette. Libération se demande où se trouve la « féministe outragée » sur des listes paritaires évidemment bidon. Il n’est donc jamais de féministe sereine ? Mieux vaut dénigrer que valoriser. L’Observatoire de la parité, dont j’ai, comme déléguée interministérielle, réussi à faire élargir les missions quelques mois plus tôt, fera de même, en direct : pas de féminisme visible dans cette campagne électorale, dira le communiqué de presse que la rapporteuse m’envoie obligeamment. La critique est sommaire, injuste, et me blesse.

Et pourtant l’histoire continue. 40% de Françaises arrivent au Parlement européen en juin 1999, classant notre pays troisième sur quinze, juste derrière les pays du nord. La loi n’est pas encore passée. Cette victoire reste inaperçue.

La parité est un mot de comptable. Moitié, moitié, ou terme à terme, on ne transige pas avec les mathématiques. La parité signifie 50%, ou un sur deux. Si la mathématique est la définition de la parité, c’est pour dire le partage des sexes, la mixité nécessaire dans les lieux de pouvoir. Le partage du pouvoir est l’ultime combat des femmes dans l’espace démocratique et c’est là que s’inscrit le mot de parité. La parité, c’est donc l’égal mélange, et la mixité en est évidemment l’image approximative. La mathématique peut être souple et c’est pourquoi, sans doute, la parité est devenue l’équivalent général du mot politique d’égalité. Ce n’est sûr que ce soit une bonne chose car l’égalité est un concept clair et radical, et la parité est devenue ce mot valise où se fourre tout ce qui a trait à l’égalité des sexes. Ce transfert est-il possible ? Souhaitable ? La dernière brochure de l’Insee intitulée Regards sur la parité superpose sans hésiter la production de statistiques, le concret des chiffres, et la perspective de réflexion sur l’égalité des sexes. Confondre égalité et parité a d’abord eu un effet positif. Toutes les revendications féministes se sont engouffrées dans ce mot valise. Il est remarquable qu’un mot mathématique, la parité, ait eu autant de succès, et renouvelle le mouvement féministe de ces dix dernières années en profondeur. L’effet négatif est la confusion que la superposition des termes implique et provoque. L’exemple le plus fort est l’usage répété de l’expression « parité économique » qui désigne pour beaucoup l’égalité économique dans sa totalité (emploi, rémunération, profession) tandis que la question du partage des sexes dans les lieux du pouvoir économique (le haut de l’échelle) se trouve alors diluée. On peut le regretter car l’inadéquation du mot et de la chose est cause de malentendus. Mais pourquoi la confusion serait gênante ? Parce ce mot de comptable ne peut pas donner plus que ce qu’il possède. En effet, si l’expression d’égalité économique pourrait ne pas être adéquate aux yeux de certains c’est parce que le monde du travail et de l’emploi conjugue au moins deux principes, et non un seul, le principe d’égalité et le principe de liberté. Autant le monde politique de la citoyenneté et de la représentation peut se quantifier en nombre et en chances égales, autant le monde professionnel use des catégories de choix, réels ou supposés, de répartition des emplois et de transgression individuelle qui placent chaque individu dans une constellation de droits et de désirs. Le mot de parité, comme équivalent d’égalité, est donc inadéquat ; il ne peut pas rendre compte de tout ce qui, pour l’emploi, relève de la liberté. D’ailleurs, à comparer la loi sur la parité et celle sur l’égalité professionnelle, deux lois contemporaines du gouvernement Jospin, on remarque une différence significative, la première propose de sanctionner les partis politiques, la seconde veut inciter les entreprises. La sanction et l’incitation sont des moyens distincts car s’il est facile de pénaliser un manquement à la parité, il est seulement possible d’accompagner une dynamique économique.

La parité, habit, outil de l’égalité, ne marque l’égalité que de l’extérieur, du côté du chiffre justement. C’est là sa force réelle car le chiffre est plus démonstratif que bien des discours, à commencer par le chiffre de l’inégalité. Rien de tel, en effet, que les chiffres pour essayer de convaincre ceux qui ne veulent pas savoir la réalité de l’inégalité sociale et politique entre les sexes. Et c’est là sa faiblesse car le mot de parité ne donne aucun contenu à l’égalité et permet ainsi les interprétations les plus surprenantes. Si l’égalité supposée par la parité peut désigner l’égalité en général, elle concerne avant tout l’égalité de pouvoir, le partage du pouvoir. Mais alors, quel serait le contenu possible d’un pouvoir partagé ? Avec une certaine maladresse, quelques hommes politiques, le gouvernement lui-même, a expliqué la parité comme un plus d’égalité, comme un supplément d’égalité. Or comme il est peu probable qu’on puisse concevoir l’égalité comme pouvant aller au-delà d’elle-même, comme il serait simpliste de voir la parité comme la seule réalisation pratique de l’égalité, force est de constater que l’explication se trouve du côté d’un supposé contenu de la parité. La réflexion à ce sujet manque. Mais pas l’imagination. Alors, on quitte les chiffres pour les phantasmes. En effet, ceux qui oublient de lier égalité et parité s’embarquent dans une querelle sans fin sur les prétendues qualités des femmes en politique. Déjà l’âge classique pratiquait la joute entre partisans de l’excellence d’un sexe ou de l’autre. Aujourd’hui, partisans comme adversaires de la parité semblent prendre plaisir à croire qu’il s’agirait de détailler les qualités de chaque sexe, et d’en faire la comparaison ordonnée. Il est évident que cette querelle n’existe que face à un enjeu de pouvoir, et de pouvoir politique. Ni la famille, ni l’école, ne suscitent l’affrontement imaginaire des essences d’un sexe ou de l’autre. Cette querelle sur les qualités a un objectif : faire croire que la parité c’est aussi la guerre des sexes, les camps retranchés des catégories sexuelles.. et la fin de l’universel. Or la parité ne renvoie qu’au chiffre et au nombre. Le transfert vers l’imaginaire déplace le débat. En même temps ce transfert est le symptôme du vide du concept même de parité. On veut produire du chiffre égal, et le féminisme y trouve une aide logistique. Mais, de quelle égalité s’agit-il ? Quel en est le projet ? La force du mot, de ce mot nouveau de parité n’est-elle pas dans la dynamique qu’il déclenche, hors de tout contenu politique ? Témoin, cette exigence, venue d’un peu partout du monde occidental, que les négociations de paix et la construction du gouvernement afghan se fassent avec les femmes afghanes.

La parité est ce mot nouveau qui a beaucoup donné mais à qui on prête trop. Il a donné ce qu’il n’a pas, l’utopie féministe, mais il a reçu ce qu’il ne voulait pas, la glose sur les prétendus avantages de l’un et l’autre sexe. La parité n’est pas l’ennemie du neutre de l’universel. Ceux qui ont opposé la parité à l’universel ont cédé à la peur. Ils ont pensé que l’universel et le neutre, qui en est son image, sont un garant, une garantie, de la volonté d’égalité en démocratie. Or la vertu du neutre est peut-être ailleurs que là où on croit. Le neutre peut mentir, les femmes, mais pas seulement les femmes, le savent bien, elle qui ont appris à l’école, jusqu’à récemment, que le suffrage masculin se disait universel. Le neutre peut mentir aussi parce que le neutre n’est pas du réel. Il est parfois une réalité partielle, un formulaire administratif par exemple. Mais si le neutre n’est pas du réel, il n’est pas pour autant sans substance. Le neutre est une fiction, une fiction comme telle, utopie et histoire en même temps, construction imaginaire à partir de laquelle on peut vivre.

Travail, genre, sociétés, la revue du Mage, n°7, février 2002

Voir à ce sujet la table ronde - « La parité en question »





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